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Pourquoi la médecine ignore encore les femmes : comprendre la médecine genrée

Karine D’Oro     –     9 minutes de lecture

Pour toutes celles qu’on n’écoute pas

Tu t’es déjà sentie invisible dans un cabinet médical ? Tu as exprimé une douleur, un malaise, une inquiétude… mais la réponse a été floue, condescendante, voire inexistante ? Si tu t’es déjà demandé si tu exagérais, si c’était “dans ta tête” ou si tu étais juste “trop sensible”, sache une chose : tu n’es pas seule. Et surtout, ce n’est pas toi le problème.

Cet article s’adresse à toutes les femmes qui se sont heurtées à un mur médical, à une oreille sourde, à un manque d’écoute. Il parle d’un phénomène méconnu mais fondamental : la médecine genrée. Une médecine pensée, historiquement, pour les hommes. Une médecine qui oublie, minimise ou mal interprète la santé des femmes.

Encore aujourd’hui, malgré les progrès, de nombreuses femmes ne sont pas prises au sérieux lorsqu’elles parlent de leur santé. Ce que nous allons explorer ici, c’est pourquoi ce biais existe, quelles sont ses conséquences concrètes, mais aussi comment il est possible, individuellement et collectivement, d’y répondre.

Illustration d'une femme ignorée lors d'une consultation médicale, symbolisant la médecine genrée.

Une médecine pensée pour l’homme par défaut

La médecine moderne s’est construite autour d’un modèle : celui d’un homme de 70 kilos, blanc, jeune et en bonne santé. Pendant des décennies, les femmes ont été écartées des essais cliniques, sous prétexte que leurs hormones compliquaient les résultats. Jusqu’en 1993, il n’était même pas obligatoire aux États-Unis d’inclure des femmes dans les protocoles de recherche [1].

Ce déséquilibre a profondément marqué la recherche, les traitements, les protocoles, et même l’enseignement médical. Les livres de médecine ont longtemps présenté uniquement des corps masculins. Les symptômes dits “classiques” sont ceux que les hommes expriment. Les autres sont secondaires, atypiques, voire névrosés.

Cette inégalité dans les données, appelée en anglais “gender data gap”, a des conséquences directes sur la vie des femmes. Un exemple emblématique : les crises cardiaques. Chez les femmes, elles se manifestent souvent de manière différente — par une fatigue intense, des douleurs abdominales, des nausées — mais ces signes sont mal connus, y compris par le personnel soignant. Résultat : les femmes ont deux fois plus de risques de mourir d’un infarctus si elles sont prises en charge par un médecin homme [5].

Un autre exemple frappant de cette norme masculine imposée dans le soin concerne l’accouchement. La majorité des femmes accouchent aujourd’hui allongées sur le dos, jambes en l’air, dans la fameuse position dite gynécologique. Ce qui peut sembler naturel est en réalité un héritage non physiologique, conçu avant tout pour le confort du médecin et la standardisation des interventions hospitalières.

Or, cette position réduit l’ouverture naturelle du bassin, ralentit la progression du bébé et augmente la douleur, ainsi que le recours à des gestes médicaux comme l’épisiotomie ou l’usage de forceps. De nombreuses sages-femmes et spécialistes plaident aujourd’hui pour un retour aux positions libres ou verticales, qui respectent davantage la physiologie féminine.

Ce choix imposé à des millions de femmes, souvent sans discussion ni consentement éclairé, est un symbole puissant de médecine genrée : un système médical qui façonne les pratiques autour du praticien, au lieu de centrer le soin sur la personne qui accouche.

L’influence ignorée des hormones et des dosages

À cela s’ajoute un angle encore trop peu abordé : celui des différences hormonales. Les femmes ont un profil endocrinien fluctuant : cycle menstruel, grossesse, allaitement, ménopause. Ces variations ne sont pas anecdotiques : elles influencent le métabolisme, la réponse immunitaire, la douleur et surtout… la façon dont le corps absorbe les médicaments.

Or, malgré ces différences majeures, la plupart des traitements sont testés sur des hommes, et les dosages sont rarement adaptés. Ils reposent souvent sur des moyennes masculines, sans ajustement en fonction du sexe ou du poids corporel. Ce biais peut entraîner des effets secondaires graves, parfois même des surdosages.

Une étude de l’Université de Californie a révélé que 80 % des médicaments retirés du marché américain entre 1997 et 2000 l’ont été parce qu’ils présentaient des risques plus importants pour les femmes [6]. Une autre étude parue dans Biology of Sex Differences confirme que les différences de métabolisme entre les sexes expliquent une grande part des effets secondaires non anticipés chez les femmes [2].

Des conséquences invisibles mais bien réelles

Ce décalage entre la médecine théorique et la réalité des patientes crée un terrain glissant. De nombreuses pathologies féminines sont diagnostiquées très tardivement, parfois après des années d’errance médicale. L’endométriose en est l’exemple le plus frappant : en moyenne, il faut entre sept et dix ans pour qu’un diagnostic soit posé. Pendant ce temps, des milliers de femmes vivent avec des douleurs invalidantes, sans traitement adapté.

Autre exemple courant : la fibromyalgie, souvent reléguée à une origine psychologique chez les femmes, alors qu’elle est reconnue comme maladie chronique par l’OMS. De manière générale, les femmes souffrant de douleurs chroniques se voient plus fréquemment renvoyer vers des consultations psychiatriques, sans investigation physique approfondie.

Même aux urgences, le traitement des femmes reste inégal. Des études ont montré qu’elles attendent plus longtemps pour être examinées, reçoivent moins d’analgésiques, et doivent argumenter davantage pour que leur douleur soit reconnue comme réelle. Ce traitement différencié, parfois subtil, est pourtant systémique [7].

À cela s’ajoute un fait préoccupant : les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes de souffrir de troubles anxieux ou dépressifs. Ces différences biologiques et hormonales sont bien établies scientifiquement [8]. Pourtant, en pratique, ce constat est souvent utilisé à contresens : les douleurs féminines, les symptômes diffus ou chroniques sont fréquemment attribués trop vite à des causes psychologiques, sans exploration médicale approfondie. Ce réflexe médical genré contribue à invisibiliser des maladies somatiques bien réelles, tout en renforçant les stéréotypes selon lesquels “les femmes somatisent”, “dramatisent” ou “sont trop sensibles”.

Que dit la science ?

Les recherches sur ce sujet se multiplient. En 2020, une étude publiée dans The Lancet confirmait que les femmes étaient systématiquement sous-traitées dans la gestion de la douleur [3]. Le British Medical Journal a, de son côté, mis en évidence que les médecins interrompent plus rapidement les patientes que les patients hommes, réduisant leur temps de parole et donc la qualité de l’anamnèse [4].

D’autres études, comme celles publiées dans JAMA ou Biology of Sex Differences, confirment ce que beaucoup de femmes vivent au quotidien : une médecine inadaptée à leur réalité biologique, hormonale et émotionnelle [2][5].

Comment reprendre le pouvoir sur sa santé ?

Face à ce constat, il est essentiel de rappeler que les femmes ne sont pas impuissantes. Bien au contraire.

Cela commence par l’affirmation de ses ressentis. En consultation, il est important de venir préparée : noter ses symptômes, poser ses questions, refuser qu’on minimise ses douleurs. Si nécessaire, il est tout à fait légitime de demander un second avis, voire de changer de médecin.

La technologie peut aussi être une alliée. De nombreuses applications comme ClueFlo ou Sympto permettent de suivre son cycle hormonal, d’enregistrer ses symptômes et de générer des rapports précis à présenter lors des rendez-vous médicaux. Ce type de données renforce la légitimité du discours féminin dans le cadre médical.

Enfin, choisir un·e professionnel·le à l’écoute, qui applique les principes de médecine fonctionnelle et intégrative ou qui est sensibilisé·e aux enjeux particuliers des femmes, peut faire toute la différence. Nous sommes de plus en plus à adopter une approche globale, centrée sur la personne, et non plus sur un “standard” masculin dépassé.

Ce n’est pas toi le problème, c’est le système

La médecine genrée n’est pas une revendication militante. C’est une urgence sanitaire. Chaque jour, des femmes voient leur santé compromise par des protocoles inadaptés, des ignorances structurelles, des stéréotypes inconscients. Il est temps que cela change !

En tant que femme, tu as le droit de comprendre ton corps, d’être entendue, soignée et respectée dans ce que tu vis. Et tu as le pouvoir, aussi, de t’informer, de te protéger, de revendiquer une médecine plus juste.

Si tu t’es déjà sentie ignorée dans un cabinet médical, ce n’est pas une impression. C’est une réalité partagée. Mais ce n’est pas une fatalité. Aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent, de plus en plus de données sont produites, de plus en plus de soignants s’engagent.

Tu n’exagères pas.   Tu n’inventes pas.   Tu ressens.   Et ça compte !

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Références scientifiques

  1. Criado Perez, C. (2019). Invisible Women: Exposing Data Bias in a World Designed for Men.
  2. Zucker, I. & Prendergast, B.J. (2020). Sex differences in pharmacokinetics predict adverse drug reactions in women. Biology of Sex Differences.
  3. The Lancet (2020). Gender bias in pain treatment.
  4. BMJ (2022). Gender bias in clinical interactions.
  5. JAMA (2019). Sex disparities in cardiovascular care.
  6. GAO (2001). Drug Safety: Most Drugs Withdrawn Had Greater Health Risks for Women.
  7. Journal of Pain (2008). Gender Differences in Pain Treatment at Emergency Departments.
  8. Zagnim Simoni, E. & Colombo, G. (2021). Sex and gender differences in central nervous system related disorders. Journal of Neuroscience Research.

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